Déconstruction sélective et réemploi : immersion sur un chantier exemplaire à Bourges
Retour d'expérience en cours sur un chantier exemplaire de déconstruction sélective et réemploi à Bourges
Figure 1 - Visite du site le 23 septembre 26 organisée par Envirobat Centre et la DREAL Centre Val de Loire
Dans le cadre des Universités d'Été de l'Habitat et de la Construction 2026, les participants ont pu découvrir un chantier particulièrement démonstratif en matière de déconstruction sélective et de réemploi des matériaux à Bourges. Cette opération illustre concrètement comment la démolition traditionnelle peut progressivement laisser place à une véritable démarche de préservation des ressources, en mobilisant des compétences complémentaires allant du diagnostic à la remise en œuvre des matériaux. Le Bâtiment appartient au ministère de la Justice qui s'est fait accompagner par UTOBAT en phase études et chantier et Made In Past est l'entreprise sélectionnée pour la déconstruction sélective. Ces 3 acteurs ont animé la visite.
Cette démarche s'inscrit dans un contexte où la préservation des ressources devient un enjeu majeur pour la filière bâtiment. Dans le cas du bois, les chiffres sont particulièrement parlants : environ 400 000 tonnes de déchets de bois issus des déconstructions sont produites chaque année, tandis que le réemploi reste encore marginal (3%) au regard des gisements disponibles. Face à ce constat, la conservation et le réemploi des matériaux existants apparaît comme une réponse pertinente, à la fois pour réduire les déchets, limiter les besoins en ressources vierges et conserver la valeur technique des matériaux déjà en place.
Le projet présenté concerne la déconstruction sélective d'un ancien gymnase et d'un préau. Bien qu'il s'agisse d'ouvrages relativement modestes, ils constituent de véritables terrains d'expérimentation pour le réemploi. Les diagnostics réalisés en amont ont permis d'identifier plusieurs gisements particulièrement intéressants : des tuiles en terre cuite, des ardoises de couverture, de nombreux éléments de charpente bois, des pavés de verre ainsi qu'un plancher bois et sa structure porteuse. Ces matériaux présentent un potentiel de réemploi élevé, sous réserve d'une dépose soignée et d'une organisation rigoureuse du chantier.
Figure 2 - Bâtiment à démolir
La préparation du projet a reposé sur plusieurs études complémentaires. Le diagnostic PEMD et ressources a été réalisé par ACS, afin d'identifier précisément les matériaux présents et leur potentiel de valorisation. En parallèle, un diagnostic spécifique de la charpente a été conduit grâce à UTOBAT par un charpentier. Cette expertise complémentaire a permis d'évaluer finement l'état des pièces de charpente et leurs possibilités de réemploi futur. Ainsi, 32 types d'éléments de charpente ont été quantifiés lors de l'inventaire spécifique, pour un total de 10m3 environ dont 38% sont d'ores et déjà réservés par différents services techniques du ministère. Ces diagnostics ont permis d’aboutir à un catalogue exhaustif des différents matériaux présents sur le site, étape indispensable pour la suite dans la recherche de repreneurs pour ces matériaux.
Figure 3 - Charpente bois et tuiles présentes sur le site
Pour assurer la bonne exécution des travaux, la maîtrise d'ouvrage a choisi de contractualiser avec Made In Past, entreprise spécialisée dans la déconstruction sélective et le réemploi des matériaux. Son action vise à couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur : dépose sélective, stockage, reconditionnement et préparation des matériaux pour leur future réutilisation.
Le marché comprend plusieurs prestations : la dépose sélective des matériaux destinés au réemploi, la démolition des parties non réemployables des bâtiments ainsi que la purge des fondations. Sur le terrain, l'intervention qui a débuté la semaine précédant la visite doit durer environ un mois. Une attention particulière est portée à l'organisation logistique afin de préserver au maximum l'intégrité des matériaux déposés. Un Plan d'Installation de Chantier (PIC) particulièrement détaillé a ainsi été élaboré pour organiser les flux, les zones de tri, les espaces de stockage et les circulations.
Figure 4 - Plan d’installation de Chantier avec mention de la zone de stockage réemploi
Les matériaux déposés sont triés selon les sept flux réglementaires puis stockés dans des conditions adaptées. Certaines opérations de reconditionnement sont réalisées directement sur site. Les pièces de bois peuvent notamment être redimensionnées en longueur grâce à des opérations de tronçonnage permettant de supprimer les extrémités dégradées et d'optimiser leur réemploi futur. Cette approche contribue à maximiser les quantités effectivement valorisables tout en garantissant la qualité des matériaux remis sur le marché.
L'un des aspects les plus intéressants du projet réside dans l'anticipation des débouchés. Une partie des matériaux a déjà trouvé preneur avant même la fin du chantier. Plusieurs ressources ont ainsi été fléchées vers des opérations portées par le ministère de la Justice, tandis qu'une autre partie des bois de structure a été orientée vers un projet de construction d'une station vélo à Besançon portée par le ministère de la Justice. D'autres ressources, telles que des éléments de plancher seront utilisées par l'Unité Educative d'Activité de Jour de Bourges pour des actions pédagogiques de construction de nichoirs à chauves-souris en partenariat avec le Muséum d'Histoire Naturelle de Bourges. Cette sécurisation des exutoires constitue un facteur clé de réussite des opérations de réemploi, permettant d'éviter des phases de stockage longues et coûteuses tout en garantissant une seconde vie aux matériaux récupérés. La Maitrise d'ouvrage étant l'Etat, les matériaux ont été mis en avant sur le site internet des domaines afin d'être vendus ou donnés (le don étant réservé à des acteurs publics ou des associations).
Au-delà des matériaux eux-mêmes, ce chantier démontre l'importance de la collaboration entre les différents acteurs : maîtrise d'ouvrage, diagnostiqueurs, experts bois, entreprises de déconstruction et futurs utilisateurs des matériaux. L'identification précoce des gisements, la qualification technique des ressources, l'organisation logistique du chantier et la recherche de débouchés sont autant d'étapes indispensables pour transformer un projet de démolition en véritable opération d'économie circulaire.
Ce retour d'expérience met ainsi en lumière le potentiel considérable du réemploi dans les opérations de déconstruction. Bien que ces démarches demandent davantage d'anticipation et de coordination qu'une démolition classique, elles permettent de préserver des ressources de qualité, de réduire les déchets produits et de développer progressivement de nouvelles filières économiques locales autour des matériaux de seconde vie. Ce chantier de Bourges constitue à ce titre un exemple concret et inspirant pour l'ensemble des acteurs souhaitant s'engager dans une construction plus sobre et circulaire.